Filière Alimentation Animale

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Préambule

Ce document a été rédigé dans le cadre d’un contrat de collaboration de recherche entre INSAVALOR SA et sa plateforme PROVADEMSE et la SARL TRINOV et appartient conjointement et à parts égales à INSAVALOR-plateforme PROVADEMSE et à TRINOV.

Sa rédaction s’inscrit dans la réalisation d’une étude intitulée « Contribution au développement d’un outil de diagnostic et de mise en place de stratégies d’écologie industrielle en terme de gestion des déchets entre différentes PME d’un même territoire ». Le cahier des charges ainsi établi synthétise les données disponibles dans la littérature scientifique et technique et des avis d’experts dans le domaine. Il vise à définir les paramètres et les critères (positifs ou négatifs) conditionnant l’entrée de déchets, d’une manière générale, dans la filière de traitement/valorisation concernée. Il ne peut en aucun cas s’appliquer à une installation de traitement/valorisation de déchets particulière. Il conviendra alors de se reporter au cahier des charges et arrêtés d’exploitation spécifiques à l’installation.

Introduction

Des déchets ou coproduits, comme ils sont souvent appelés dans la littérature et dans les documents de communication, peuvent être valorisés en alimentation animale, soit en étant incorporés dans des aliments composés (déchets essentiellement secs), soit utilisés directement dans les élevages en circuit court (déchets liquides ou humides, facilement périssables). Outre les critères liés à la nature même du déchet (critères développés dans ce document), d’autres facteurs entrent en compte, de manière importante, pour permettre cette valorisation : la présence d’une logistique appropriée et son coût, le coût du transport et le prix du produit (par rapport aux prix et disponibilités des produits concurrents).

Ce document est réalisé de manière générique pour la valorisation en alimentation animale et ne fera pas de distinction de critères entre l’alimentation des ruminants (qui peuvent se nourrir de produits riches en fibres) et des monogastriques comme les porcs, lapins et volailles (capables de valoriser des coproduits riches en protéines, en hydrate de carbone et en graisse) (1).

Déchets potientiellement concernés

Déchets couramment utilisés en alimentation animale

Il s’agit uniquement de déchets organiques d’origine naturelle végétale ou animale. Ils peuvent provenir de différentes origines (1) :

  • Des exploitations agricoles ;
    • Céréalières (pailles, cannes de maïs,…) ;
    • Maraichères (racines et tubercules, fruits et légumes,…) ;
  • Des IAA (Industries Agro-Alimentaires) ;
    • Transformation du lait (produits laitiers) ;
    • Conserveries et surgélation des légumes et fruits (légumes et fruits, pulpes,…) ;
    • Vinification, cidreries, fabricants de jus de fruits (marc, pulpes, pépins,…) ;
    • Traitement des pommes de terre, féculerie et friterie (pelures, purée,…) ;
    • Industries du sucre (bagasse, mélasse,…) ;
    • Meunerie, rizerie, amidonnerie (issues de blé, maïs et riz) ;
    • Boulangerie, pâtisserie et pâtes alimentaires (rebut, invendus) ;
    • Brasseries et distilleries (drêches) ;
    • Huileries (tourteaux et graines) ;
    • Abattoirs (sous-produits d’animaux sains sous conditions) ;
  • Grandes distribution et commerce alimentaire (rebuts, invendus) ;
  • Industrie des agro-carburants ;
  • Industries de la fabrication des acides aminés, des vitamines, de certains médicaments ou de procédés intermédiaires de dépollution par la production de levure (levures, bactéries et algues monocellulaires).

Déchets organiques interdits en alimentation animale

Tous les déchets organiques visant à la valorisation en alimentation animale doivent répondre à des consignes strictes en termes d’hygiène et de qualité. Dans certains cas et indépendamment d’analyses spécifiques (cf 2), leur origine et leur nature interdisent leur valorisation en alimentation animale. C’est notamment le cas pour les déchets de cuisine et de restauration ainsi que pour certains déchets d’abattoirs et produits animaux transformés faisant l’objet d’une réglementation spécifique.

Déchets cuisine et de restauration

L’utilisation des déchets de cuisine et de restauration pour l’alimentation des animaux d’élevage est interdite par l’Union Européenne (règlement européen n° 1774/2002 paragraphe 8).

Conditions sur les déchets d’abattoirs et produits animaux transformés

Le chapitre II du règlement européen n° 1774/2002 fixe trois catégories de co-produits animaux :

  • Catégorie 1 : coproduits présentant des risques à l’égard du prion, à l’égard de substances interdites ou constituant une contamination pour l’environnement ;
  • Catégorie 2 : coproduits présentant un risque microbiologique ou lié à des résidus de médicaments vétérinaires ;
  • Catégorie 3 : sous-produits issus d’animaux sains (consommés par l’Homme) pouvant être traités et transformés.

Seuls les sous-produits de catégorie 3 peuvent être utilisés en alimentation animale sous réserve d’avoir été élaborés, manipulés, entreposés et transportés conformément aux prescriptions fixées dans le règlement. Les déchets des catégories 1 et 2 ne peuvent pas faire l’objet de valorisation en alimentation animale. L’arrêté du 18 juillet 2006 précise l’interdiction de l’emploi de certaines protéines, phosphates et graisses d’origine animale dans l’alimentation et la fabrication d’aliments des animaux d’élevage. Se référer à l’arrêté pour obtenir les conditions spécifiques à ces types de déchets.

Critères réglementaires relevant principalement de la sécurité alimentaire

Teneurs maximales en substances et produits indésirables

L’arrêté du 12/01/01 fixe les teneurs maximales pour les substances et produits indésirables dans l’alimentation des animaux. Les produits destinés aux aliments pour animaux, dont la teneur en substances indésirables dépasse la teneur maximale fixée à l’annexe 1, ne peuvent être utilisés en alimentation animale. Tout mélange à des fins de dilution est interdit. Sont considérés ici comme « substance et produit indésirable », «  toute substance ou tout produit, à l’exception des agents pathogènes, qui est présent dans et/ou sur le produit destiné aux aliments pour animaux et qui présente un risque potentiel pour la santé animale ou la santé humaine ou l’environnement ou qui serait susceptible de nuire à la production animale ».

Contamination en germes potentiellement pathogènes

Des déchets peuvent être refusés en alimentation animale en raison de leur contamination en germes pathogènes (de type bactérie, levures, moisissures) tels que les entérobactéries (coliformes), les clostridia et les salmonelles et listeria dans les produits d’origine animale (1). Aucun seuil de normalité pour la qualité bactériologique des aliments n’est défini règlementairement. Seules des recommandations et obligations d’hygiène sont fixées. Il convient de prendre contact a minima avec les Directions départementales des services vétérinaires afin d’obtenir les informations nécessaires à la valorisation en alimentation animale d’un déchet particulier.

Impact du classement ICPE des industries de fabrication d’aliments pour animaux

La fabrication de produits alimentaires ou d’aliments pour animaux est une activité qui peut être classée au titre des ICPE selon la rubrique 3642 crée par le décret du 20 mars 2012. Le type de matière première ainsi que la capacité de production conditionnent le classement ICPE de l’industrie (cf Tableau 1 ). Ainsi, en vue de son classement une industrie produisant des aliments pour animaux ne pourra pas admettre n’importe qu’elle matière première.

Détail de la rubrique 3642 de la nomenclature ICPE
Traitement et transformation, à l’exclusion du seul conditionnement des matières premières ci-après, qu’elles aient été ou non préalablement transformées, en vue de la fabrication de produits alimentaires ou d’aliments pour animaux issus :

1. Uniquement de matières premières animales (autre que le lait exclusivement), avec une capacité de production supérieure à 75 t de produits finis par jour

(A-3)

2. Uniquement de matières premières végétales, avec une capacité de production supérieure à 300 t de produits finis par jour ou 600 t par jour lorsque l’installation fonctionne pendant une durée maximale de 90 jours consécutifs en un an

(A-3)

3. Matières premières animales et végétales, aussi bien en produits combinés qu’en produits séparés, avec une capacité de production, exprimée en tonnes de produits finis par jour, supérieure à :

– 75 si A est égal ou supérieur à 10, ou [300 – (22,5 × A)] dans tous les autres cas où « A » est la proportion de matière animale (en pourcentage de poids) dans la quantité entrant dans le calcul de la capacité de production de produits finis.

(A-3)

Nota 1. – L’emballage n’est pas compris dans le poids final du produit.

Nota 2. – La présente rubrique ne s’applique pas si la matière première est seulement du lait.

Critères relevant de la valeur nutritive du déchet

Les déchets ne pourront être valorisés en alimentation animale que s’ils présentent une valeur nutritive intéressante. Il n’existe pas de règlementation ni normes relatives à cette valeur nutritive et elle dépend de l’animal auquel est destiné l’aliment. Néanmoins, la valorisation du déchet passera donc obligatoirement par la connaissance de la valeur nutritive du déchet qui peut s’exprimer de différentes manières selon la composition de l’aliment et l’animal auquel il est destiné. Il sera, par exemple, utile de connaitre (2) (1) :

  • La digestibilité de l’aliment à travers par exemple la connaissance des PDIE et PDIN (protéines réellement digestibles dans l’intestin permises par l’énergie et respectivement par l’azote) en g/kg MS (matière sèche) pour un aliment destiné aux ruminants ;
  • L’équivalent énergétique de l’aliment qui peut s’exprimer en UFL (unité fourragère lait, /kg MS) ou UFV (unité fourragère viande, /kg MS).

La connaissance des principaux paramètres caractérisant l’aliment peut provenir de bases de données connues et référencées (il en existe pour les principaux aliments utilisés en élevage) ou d’analyses chimiques (détermination de la teneur en matière sèche MS, en matières minérales MM et en matières azotées totales MAT, en matière grasses MG et en cellulose brute CB). Des analyses complémentaires peuvent être à réaliser en fonction du produit (2).

A noter, la connaissance de la teneur en matière sèche est aussi un paramètre essentiel pour anticiper les conditions de stockage et transports de l’aliment.

Pour plus d’informations sur la détermination de la valeur nutritive d’un aliment, le Comité National des Coproduits met à disposition, en téléchargement libre sur http://www.inst-elevage.asso.fr/IMG/pdf_CR_030931006-v.pdf, le « Guide pour la prévision de la valeur nutritive des coproduits pour les ruminants » (2). La méthodologie d’analyse y est développée.  

Bibliographie

1. FEVRIER, Claude Albert et WILLEQUET, Francis. Valorisation par l'alimentation animale. [auteur du livre] René MOLETTA. Le traitement des déchets. Paris : Editions TEC & DOC, Lavoisier, 2009.

2. Comité National des Coproduits. Guide pour la prévision de la valeur nutritive des coproduits pour les ruminants. Institut de l'élevage. [En ligne] http://www.inst-elevage.asso.fr/IMG/pdf_CR_030931006-v.pdf.